jeudi 4 juillet 2024

Au delà du mépris pour le RN

Je n’ai que mépris pour les idées du Rassemblement National, leurs mensonges sur l’immigration, sur les énergies renouvelables et bien d’autres sujets. Je vote pour leur faire barrage et je vous invite à faire de même, sans aucune ambiguïté. Voilà, c’est dit.

Pourtant il y a un sujet fondamental qu’il faut aborder : il ne faut pas cesser d’essayer de comprendre pourquoi les électeurs du RN votent ainsi. Certes, il y a une partie de racistes convaincus, de gens infréquentables, aux opinions rances et insupportables. Mais ils ne représentent que quelques petits pour cent des votants. Il y a une masse d’électeurs qui ont décidé de voter RN, et nous ne les comprenons plus. C’est un problème majeur. On pourrait les “récupérer’, les convaincre, mais pour cela, il faudrait les comprendre.

Deux personnes que j’apprécie beaucoup on pris le temps d’expliquer cela, chacun avec ses mots :

Je vous recommande vivement la lecture de ces deux articles.

Il y a un vrai mal être chez les gens qui votent Rassemblement National. L’ignorer, c’est se couper d’eux, c’est refuser de les comprendre, et donc refuser de répondre aux problèmes qu’ils pointent du doigt. À un moment, et même si ce temps nous paraît lointain, le plus tôt sera le mieux, il faudra se parler à nouveau et construire un avenir ensemble. Ne l’oublions pas.

Mise à jour

Plusieurs lecteurs m’ont suggéré d’autres sources qui permettent d’avancer sur ce sujet :

dimanche 23 juin 2024

Accident de train

J’ai publié le texte ci-dessous sur Mastodon, qui résume ce que j’ai l’impression de vivre. Ça me parait avoir sa place ici :

J’ai l’impression de voir devant mes yeux un accident de trains : deux immenses trains qui se rentrent dedans suite à une erreur d’aiguillage. À bord, 8 milliards d’humains. Je vois tout cela à l’extrême ralenti. C’est à dire que je peux vivre à coté, discuter avec des potes, boire des coups, bosser pour gagner ma vie. Mais à chaque fois que je lève les yeux, l’accident est toujours en cours, mais un peu plus avancé. Et tout le monde s’en fout.

Alors j’ai changé de job, je me suis mis à bosser dans la “prévention des accidents ferroviaires”. C’est ingrat, comme job : t’as beau t’arracher, quand tu lèves les yeux, la situation n’a fait que s’aggraver. La principale différence, c’est que même quand je ne regarde pas l’accident, je parle d’accidents de train. Et les gens m’ignorent : il savent presque tous pour l’accident, mais préfèrent fermer les yeux.

Et puis récemment, les choses ont changé, un peu. Un wagon a pris feu. Peut-être deux ou trois. C’est peu, parmi les centaines de wagon. C’est le contrôleur qui a mis le feu. Une histoire de grenade (incendiaire) qu’il a dégoupillé. Ça me tétanise. D’autant que je réalise que je suis dans le train, comme tout le monde.

vendredi 21 juin 2024

En vrac de juin

IA et numérique

  • Microsoft’s “Copilot+” AI PC requirements are embarrassing for Intel and AMD. Microsoft vient de publier les spécifications techniques des futurs PC pour l’IA, appelés “Copilot+”. Voir aussi Que retenir de l’événement “Copilot+ PC” de Microsoft
    • Le souci, c’est qu’une seule puce offre le niveau de performance attendue, et elle n’est pas fournie ni par Intel ni par AMD mais par Qualcomm. Microsoft exige 40 TOPS (Trillion Operations Per Second) Qualcomm offre 45 TOPS, Intel arrive à 10 TOPS et AMD 16 ! Or Qualcomm fait cela avec des processeurs ARM (comme Apple, et les smartphones) alors qu’historiquement, les PC fonctionnent avec une architecture différente appelée X86 (qui dérive des premiers PC à base de processeurs Intel 8086 et dérivés… en 1981). Microsoft produit une version de Windows pour processeurs ARM, mais elle ne fait pas tourner toutes les applications prévues pour X86 et quand elle le fait, c’est émulé, donc ralenti.
    • Les anciens de Microsoft auront sûrement des nuits difficiles quand ils se rappelleront qu’en 2012, Microsoft avait déjà essayé de faire Windows RT, une version de Windows pour processeurs ARM, qui n’aura jamais vraiment décollé. Pour les débutants, rappelons qu’un système d’exploitation n’a pas vraiment d’intérêt en tant que tel, à part faire tourner des applications. Sans cette bibliothèque d’applications, il ne sert quasiment à rien.
  • Pourquoi Apple abandonne son processeur M3 quelques mois après son lancement ? . Il était stupéfiant de voir Apple annoncer son processeur M4 début mai 2024 alors que les premiers Mac équipés de processeurs M3 étaient sortis en novembre 2023. Pour résumer les spéculations (Apple ne communique pas sur le sujet) : le M3 utilise une gravure 3 nm qui n’est pas très fiable et conduit donc à générer beaucoup de processeurs qui ne fonctionnent pas, ce qui coûte cher. Le M4, par contre repose sur une gravure de la même taille mais de “seconde génération” (appelée N3E chez TSMC), plus fiable donc moins coûteuse. Précisons que nm est l’abréviation de nanomètre, c’est à dire un milliardième de mètre. Un nm vaut un millième de micron.
  • How the new Microsoft Recall feature fundamentally undermines Windows security. La killer feature des PC intégrant un processeur capable de faire de l’IA consiste à… espionner l’utilisateur. Le logiciel, activé par défaut dans Windows sur ces machines, prend à intervalle régulier des copies d’écran. Ensuite, il y a reconnaissance des caractères dans ces images, et tout cela est stocker dans une base de données locales (compter 25 Go pour 3 mois de suivi) et permet une recherche locale. Evidemment, si votre PC est piraté (comme des numéros de CB sur les sites d’e-commerce ou des conversations privées sur messagerie chiffrée), beaucoup plus d’informations personnelles sont récupérables par le pirate. Dommage !
  • Je découvre le travail de Duncan Austin, BothBrainsRequired. C’est un penseur systémique qui travaille sur l’écologie. Deux articles intéressants, avec des illustrations en haute résolution :
  • L’IA déconne, et ça n’est pas prêt de s’arrêter. Nouvel épisode : Google hallucine (recommandation de mettre de la colle dans une pizza pour éviter que le fromage ne coule trop, manger au moins un caillou par jour pour avoir des minéraux, utiliser de l’essence dans une recette de pâtes, possibilité de courir dans le vide au-dessus d’une falaise comme Vil Coyote…), La raison est toute simple : il est incapable de reconnaître le sarcasme dans les texte qu’il a pu analyser sur le Web… Pourtant, Google promet que s’il fonctionne dans 80% des cas, il finira par atteindre les 100%. Le professeur émérite Gary Marcus pense qu’ils rêvent. On se rappellera qu’il y a 18 mois, Meta ne faisait pas mieux, avec un chatbot — Galactica — qui citait des papiers scientifiques démontrant qu’on avait étudié scientifiquement la possibilité de manger du verre pilé, “source de silicium bon pour la santé”. Le dit chatbot avait été déconnecté au bout de 2 jours, après cet incident cumulé à des réponses racistes. Quand je revois ces informations, je me demande si nous n’en sommes pas déjà au point d’inflexion de l’IA, un peu comme ce qu’ont vécu les cryptomonnaies et les NFT. (Laissez-moi rêver !). Autre source en anglais. CaféTech en parle aussi en français).
  • J’aime bien Doc Searls. Il vient d’écrire un nouveau billet, The People’s AI. Sa thèse est qu’il faut des IA utilisables par tout un chacun, mais sous la maitrise de chacun. Des IA libres. Pas des IA as a service comme le souhaitent les géants de la tech. J’aime bien l’idée, mais ça ne répond pas au problème de la difficile compatibilité de l’IA avec le besoin de moins utiliser de ressources.
  • Les ‘PC IA’ suscitent l’espoir… de voir la croissance reprendre sur le marché des PC et des smartphones. Un rappel que l’IA est surtout une occasion pour beaucoup non de changer le monde, mais au contraire de faire du business as usual, continuer de rendre obsolète du matériel qui fonctionne pour tenter de réanimer une loi de Moore moribonde ! (Et pourtant, elle nous mène à notre perte…)
  • L’IA est devenue, en 2024, la priorité stratégique des CEO selon Gartner. “87% d’entre eux estiment que les bénéfices de l’IA pour leurs entreprises surpassent les autres risques.” (…) “34% des CEO/PDG affirment que la prochaine transformation de leur entreprise après le numérique sera l’IA, loin devant l’efficacité opérationnelle (9%) et le développement durable (7%)”. Bref, à fond sur l’IA. Les implications environnementales ? L’habitabilité de la planète ? On verra plus tard !
  • « Ça ne sert à rien de féminiser la tech si c’est pour avoir une empreinte carbone énorme »
    • Question d’Usbek et Rica : Le développement rapide des IA, et demain des « superintelligences » artificielles, risque-t-il de renforcer encore davantage cette domination masculine ?
    • Réponse de Marion Olharan Lagan : “Oui, et ce que je trouvais intéressant dans le machine learning, c’est qu’ils vont aller chercher toutes les données qu’ils trouvent sur Internet. Les pays riches ayant eu Internet le plus tôt, cela signifie que c’est très américain et européen. C’est aussi le cas de la Chine, qui a un système assez fermé. Et le jour où ces « superintelligences » seront développées, elles seront nourries à ça. Comme un enfant qui grandit dans un univers il entend tous les jours que le monde est fait par les hommes, pour les hommes. Quand il grandit, il ne faut pas s’étonner qu’il agisse comme ça à son tour. Cette tendance est déjà à l’œuvre mais cela pourrait être de pire en pire. Il faut un sursaut collectif. Il n’aura pas lieu avec des Vivatech où l’on dit que la France doit innover, avoir davantage d’incubateurs et d’entreprises : si c’est sur le modèle de ce qui se passe aux États-Unis, cela ne va rien changer.”
  • Le règlement Général pour l’Écoconception de Services Numériques (RGESN) vient de sortir dans une version 2, et c’est bien ! Comme le dit l’ARCEP, “Tous les métiers liés de près ou de loin du secteur numérique peuvent utiliser le RGESN pour réduire l’empreinte environnementale de leurs services” ;
  • Transphobie chez IBM : j’apprends le décès de Lynn Conway, inventrice de la technologie VLSI. Lynn Conway, au delà d’être à la limite du génie, a vécu un enfer à cause de ses problèmes de genre. Ainsi, IBM a fini par présenter ses excuses pour l’avoir virée pour être transgenre… 52 ans après les faits !.

Politique

  • Je ne vote pas LFI, mais il m’apparaît, en ces temps troublés, qu’il ne faut pas mettre dans le même sac intitulé “Extrêmes” LFI et le RN. Voici donc Pourquoi c’est faux de dire que LFI est un parti d’extrême gauche ?. Explications :
    • Le Conseil d’État, dans sa décision du 11 mars 2024, tranche : La France insoumise, tout comme le Parti communiste français font partie du bloc « gauche », comme l’avait décidé le ministère de l’Intérieur qui attribue les nuances politiques au moment des élections.
    • Lutte ouvrière et le Nouveau parti anticapitaliste sont ainsi classés dans le bloc « extrême gauche ». Alors que, selon l’auteur, LFI serait plutôt « un mouvement réformiste qui ne vise pas une rupture nette avec le capitalisme mais désire plutôt, au moins dans un premier temps, l’adoption de mesures limitant les effets des formes débridées du libéralisme économique actuel ».
    • Par contre, selon la définition de Jean-Etienne Dubois, dans son ouvrage l’Extrême droite française, les partis d’« extrême droite » sont « les organisations qui contestent le système politique républicain et démocratique (anti-électoralisme, antiparlementarisme, aspirations autoritaires, etc.) et/ou le caractère universel des valeurs républicaines de liberté et d’égalité (antisémitisme, racisme, xénophobie, etc.) ».
  • J’aime bien ce billet de Charline Vanhoenacker : J’espère que le rire va couvrir le bruit des bottes !

Vélo

Nouveaux imaginaires

erooM

dimanche 2 juin 2024

L'IA peut-elle être une solution face au problème environnemental ?

L’IA peut-elle être une solution face au problème environnemental ?

Telle était la question à laquelle nous avons été invités à participer à creuser samedi dans le cadre de l’événement IAgoraFestival, avec Caroline Jean-Pierre et Nicolas Rochet de Data4Good, ainsi que Renaud Héluin de GreenIT.fr, avec une modération de Thierry Calvat.

Vaste sujet ! S’il fallait résumer la convergence de nos points de vue, on arriverait à ceci :

1️⃣ - “L’IA” represente plusieurs types de technologies. Aujourd’hui, le grand public pense aux LLM tels que popularisés par ChatGPT, mais les outils de big data existent depuis longtemps. Ils ne nécessitent pas tous autant de ressources (machines et énergie), donc il ne faut pas forcément les mettre dans le même sac

2️⃣ - Il y a des usages de ces outils qui sont bénéfiques pour le climat et le respect des limites planétaires. J’ai bien sûr cité en premier ceux utilisés par les scientifiques pour modéliser le système climatique et étudier les possibilités offertes par l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, mais aussi l’étude de la biodiversité, etc.

3️⃣ - Mais il faut bien reconnaître que l’IA dont on parle au quotidien, pose plusieurs problèmes : c’est la plus consommatrice de ressources, c’est celle qui pousse à consommer plus d’énergie, construire plus de datacenters, rend obsolète plus de machines qui finissent à la décharge et sont très mal recyclées. Et là, il est très peu probable que ce soit utilisé pour répondre aux défis climatiques et de la biodiversité : leur usage, c’est d’accélérer un monde extractiviste et générer de la croissance, comme si elle était possible à l’infini dans un monde fini. Mais non, les ressources matérielles et l’énergie sont limités sur la planète Terre !

4️⃣ - Là où se font les investissement de l’IA, c’est principalement chez META (Facebook, Instagram, etc.), chez Microsoft (pour ChatGPT) et Google (pour mettre de l’IA dans son moteur de recherche). Ces milliards d’investissements ne vont pas au CNRS ou a l’INRIA, au GIEC ou à l’IPBES (le GIEC de la biodiversité). Et le passage à l’échelle, qui consiste à fournir des service d’IA générative (type ChatGPT) à plusieurs milliards d’internautes va augmenter de façon dramatique la consommation de ressources.

5️⃣ - Il y a urgence à agir. Pour la France, respecter l’Accord de Paris, c’est diviser par 5 nos émissions, et passer en moyenne de 10 tonnes de CO2e à 2 tonnes. Ça fait 34 ans que le GIEC[1] a sorti son premier rapport, et nos émissions de GES ne font qu’augmenter. On peut toujours croire que l’IA va sortir l’humanité de ce problème, mais aujourd’hui, les investissements vont dans le sens d’une accélération du “business as usual”, pas dans un changement de trajectoire, pourtant bigrement nécessaire.

(Crédit photo : James Martin, que je remercie au passage ! Un grand merci aussi à l’équie d’IAgora, dont Carine Sit, pour leurs effort et leur invitation : l’événement était de grande qualité !)

Note

[1] Et 52 ans que le rapport du Club de Rome, Les limites à la croissance est sorti, me rappele-t-on sur Mastodon.

mardi 28 mai 2024

JDLL 2024 : une édition réussie !

Jardins ENS Lyon, mai 2024

Ce week-end, c’était les JdLL, les Journées du Logiciel Libre à Lyon, événement libre et gratuit qui se tient chaque année dans la capitale des Gaules. L’événement doit approcher le quart de siècle (ça ne nous rajeunit pas !) et j’ai du participer à la majorité des éditions. Cette année, après une longue période à la maison des Rancy, c’est un peu l’année du renouveau, puisque l’événement a pu profiter de l’hospitalité de l’ École normale supérieure de Lyon, on les remercie vivement, ainsi que toute l’équipe de bénévoles qui a rendu cette édition possible. Un amphi, quelques salles de classe, un espace buvette et trois salles pour le village associatif, avec un superbe jardin (photo ci-dessus) et un temps de printemps, tout était au service d’une programmation de conférences et d’ateliers qui rendaient le choix de son emploi du temps fort difficile.

J’ai bien sûr retrouvé toutes les personnes au service des belles idées du logiciel libre et des communs numériques. Framasoft, Wikipedia, the Free Encyclopedia France, OpenStreetMap, les associations locales pour un internet libre, les entreprises de l’open source et des communs numériques, tous ou presque avaient répondu présents.

À ma connaissance, c’était la première fois que la Direction interministérielle du numérique (DINUM) était présente aux JDLL, avec les excellents Samuel Paccoud et Virgile Deville.

Elle y a fait forte impression avec la suite numérique, démontrant comment elle utilise, héberge, déploie du logiciel libre à l’attention des agents de l’État, mais aussi contribue du code et même, avec l’annonce du guichet, comment elle va contribuer financièrement aux communautés du logiciel libre et des communs numériques.

Les conversations allaient bon train autour des stands, à la buvette (forcément), au food truck, dans le jardin, dans les couloirs, entre retrouvailles de libristes et débats passionnés sur les enjeux du numérique. Ironiquement, les JDLL se tenaient dans la foulée de Vivatech, mais loin d’une quelconque concurrence, JDLL se tenait à l’autre bout du spectre, avec une vision enthousiasmante du monde numérique porteuse d’espoir où chacun peut être un acteur et contributeur plutôt que se cantonner au simple rôle de consommateur.

Vivement l’années prochaine, en éspérant que l’ENS Lyon veuille bien accueillir à nouveau l’événement dans ces sympathique locaux !

jeudi 23 mai 2024

Comment l'IA et Windows 10 annulent les efforts de Microsoft pour le climat

Hier, j’ai publié ce billet sur LinkedIn. Il mérite sa place ici aussi, sur le Standblog.

Une annonce mirifique de Microsoft qui a bien mal vieilli, mai 2024

Les dirigeants de Microsoft annonçant la neutralité carbone en 2030. Source

Microsoft President Brad Smith, Chief Financial Officer Amy Hood and CEO Satya Nadella preparing to announce Microsoft’s plan to be carbon negative by 2030. (Jan. 15, 2020/Photo by Brian Smale)

En 2020, Microsoft annonçait une réduction massive de ses émissions de gaz à effet de serre au point qu’elles pourraient être réduite à zéro en 2030. C’était vraiment en avance de phase par rapport aux autres géants du numérique, et c’était une très bonne nouvelle.

Enfin… jusqu’à ce qu’il se passe deux choses :

1 - ils arrêtent de supporter Windows 10 l’année prochaine. Les utilisateurs de Windows 10 vont donc devoir passer à Windows 11. Le souci, c’est que ce dernier ne fonctionne qu’avec certaines puces de dernière génération. En fait, Microsoft a décidé de rendre incompatible Windows 11 avec des dizaines de modèles de processeurs Intel. Une étude de Canalys démontre ainsi que 240 millions de PC deviendraient obsolètes le jour où Windows 10 ne sera plus maintenu. Ce sont donc des centaines de millions de machines en bon état de fonctionnement qui vont venir polluer la planète. Et autant de machines neuves qu’il faudra fabriquer pour les remplacer ! Pas loin d’un million de tonnes de matériel et donc de déchets électroniques très polluants et quasi impossibles à recycler seront générés par une décision d’une entreprise qui fait… du logiciel !

Pour moi, c’est juste incompréhensible de faire passer comme progrès ce qui est en fait un scandale écologique à l’échelle planétaire.

On aurait pu croire qu’ils allaient s’arrêter là. Sauf que non :

2 - Alors que leurs émissions de gaz à effet de serre avaient été réduites, leurs investissements massifs dans l’IA les ont fait repartir à la hausse. En effet, la fabrication de nombreux datacenters, de milliers de serveurs mais aussi les quantités phénoménales d’énergie pour faire tourner l’IA (entrainement et inférence) sont bien sûr sources de carbone.

Alors on se demande où sont passées les bonnes résolutions de Microsoft quant à leur empreinte carbone ? Ça va donner quoi en termes de réputation ? Comment ça va se refléter sur le cours de l’action ?

Emission de GES de Microsoft : prévues vs effectives, mai 2024

Ailleurs

mercredi 22 mai 2024

En vrac de mai 2024

Loi de Moore et loi d’erooM

Très en vrac

  • We Need To Rewild The Internet , par Robin Berjon. Une merveille, ce papier !
  • C’est vieux mais c’est excellent : This is not fine, le fameux même du chien dans la maison qui brûle et qui affirme “This is fine” (“tout va bien”), mais revisité.
  • L’histoire inspirante de Gianluca Grimalda, ce chercheur viré pour avoir refusé de prendre l’avion; avec cette citation qui vaut de l’or : « J’ai vraiment eu 99,99 % d’interactions positives avec les personnes croisées. Je suis vraiment d’accord avec le journaliste George Monbiot quand il dit que nous sommes une société d’altruistes gouvernés par des psychopathes. »
  • C’est vieux mais c’est par Tim Berners-Lee, donc c’est bon ! Marking the Web’s 35th Birthday: An Open Letter . “Underlying its whole infrastructure was the intention to allow for collaboration, foster compassion and generate creativity — what I term the 3 C’s. It was to be a tool to empower humanity. The first decade of the web fulfilled that promise — the web was decentralised with a long-tail of content and options, it created small, more localised communities, provided individual empowerment and fostered huge value. Yet in the past decade, instead of embodying these values, the web has instead played a part in eroding them.” Après, Sir Tim va vers le protocole Solid, sujet qui m’a été cher pendant des années, mais auquel je ne crois plus guère.
  • Praticable (ex-Collectif BAM), c’est fini. C’est dommage, mais au moins c’est fait proprement. Merci à eux pour le travail accompli. Parmi les choses qu’on leur doit, leur excellente Inspirothèque des limites numériques ;
  • Un tiers du trafic Internet pollué par les bots malveillants. 50% du trafic vient des humains, 17% vient des robots de Google et de Bing (et autres moteurs de recherche) et presque 33% des “bad bots” pour “récupérer des données, tenter de se connecter à des services sans accès légitime, revendre des produits avec une marge (scalping), monter des fraudes sur la publicité online ou simplement dégrader les performances d’un site confronté à un afflux de requête” ;
  • Pouvons-nous faire décroître l’économie ?, un documentaire sur Arte d’une durée de 25 mn. Très bonne introduction à la décroissance. Chaudement recommandé !
  • Plus de 300 scientifiques du climat terrifiés par l’avenir de la planète : “Le journal britannique The Guardian a interrogé 380 des plus grands scientifiques du climat. Selon la majorité d’entre eux, la température moyenne sur la planète va augmenter d’au moins 2,5 °C, avec des conséquences désastreuses.”
  • The State of the Culture, 2024a une thèse super intéressante. Il y a des gens qui font de l’art, mais c’est pas facile de trouver de l’audience. D’autres font du divertissement, qui est une forme d’art, mais qui a vocation de plaire à l’audience. Donc le divertissement, qui est devenu une industrie, dévore l’art. Sauf que l’industrie du divertissement (séries, films) est en crise car elle est remplacée par le modèle de la distraction. Les applications type Tiktok, ou les Reels des autres applications (Youtube, Facebook, etc.) qui dérive doucement vers le modèle de l’addiction, qui repose sur le phénomène de la dopamine. Cette mise en perspective Art -> Divertissement -> Distraction -> Addiction. Sauf qu’à force de scroller, on arrive à une overdose de dopamine qui mène à un état appelé Anhédonie, “l’incapacité d’un sujet à ressentir des émotions positives lors de situations de vie pourtant considérées antérieurement comme plaisantes.” Et non, ça n’est pas une bonne nouvelle pour la qualité de la culture. Ou de la société.

Transports

Retrocomputing

IA

  • C’est la fin des recherches Google que nous connaissons “Dès le 14 mai, tous les utilisateurs américains peuvent activer AI Overviews. Ils ne verront plus les résultats sous la forme de listes, mais un résumé par une intelligence artificielle”. “D’ici la fin de l’année 2024, Google dit qu’un milliard de personnes auront accès aux recherches résumées par IA”. Depuis des années, Google Search est passé d’une approche “moteur de recherche” qui listait les meilleurs sites Web où se trouve la réponse à “moteur de réponses”, avec des réponses natives extraites soit de services Google (souvent mises en avant) soit d’extraits de sites avec possibilité de cliquer pour visiter le site d’origine.
  • J’ai regardé une vidéo : Mark Zuckerberg - Llama 3, $10B Models & 1 GW Datacenters. Il discute la possibilité de faire des datacenters pour entrainer de l’IA qui consomment 1 GigaWatt chacun et d’y investir de l’ordre de 10 milliards de dollars. Il discute aussi de quand va s’arrêter la croissance exponentielle de l’IA. Aucune considération de l’impact environnemental dans son discours (à moins d’un oubli de ma part). Personne ne lui a parlé de l’accord de Paris ? De l’obligation de descendre rapidement à 2 tonnes d’équivalent CO2 ? Lunaire.
  • AI isn’t useless. But is it worth it? par Molly White.
  • IA, est-ce seulement souhaitable ?, par les copains et copines du Mouton Numérique, comme en écho au lien ci-dessus.
  • Oh, ça a l’air intéressant, ça : Auphonic, Your AI sound engineer for podcasts. Mais quid de l’empreinte écologique de la chose ?

Dix bonnes pratiques de communication sur le climat

Une petite merveille qui cristallise sur ce que j’ai appris en discutant écologie autour de moi : Infographie : 10 bonnes pratiques de communication sur le climat. Les voici :

  1. Instaurer les conditions d’un dialogue
  2. Entamer le dialogue par ce qui vous rapproche
  3. Partir du quotidien
  4. comprendre ce qui va bloquer chez votre interlocuteur
  5. Être alarmant sans être alarmiste
  6. Être honnête
  7. Le climat n’est pas qu’un problème d’écologistes
  8. Insister sur les co-bénéfices
  9. Tout le monde peut agir, à son échelle
  10. Cohérence et exemplarité

mardi 16 avril 2024

En vrac d'avril 2024

Portrait de Tristan avec son vélo pliant

  • Le tout premier baromètre de l’ADEME sur la sobriété semble nous montrer de bonnes nouvelles ! Les Français se pensent-ils sobres ? “83 % des Français considèrent qu’en France nous avons « tendance à accorder trop d’importance à la consommation matérielle » et 77 % pensent que « notre manière de consommer est nuisible à l’environnement ».” Mais attention, il y a :
    • du bon : 74 % des Français pensent que le gouvernement devrait privilégier la protection de l’environnement à la croissance économique
    • du mauvais (en maths ou du moins en perception de soi par rapport aux autres) : 73 % ne considèrent pas consommer plus que la moyenne des Français !
  • L’IA pourrait entraîner une hausse de 80 % des émissions mondiales de CO2 ;
  • Index Conception Responsable, par les Designers Éthiques, qui vise à accompagner les designers au développement de produits numériques éthiques ;
  • La chercheuse Yamina Saheb lance un Laboratoire mondial de la sobriété : “On doit mener une révolution scientifique et culturelle”. En anglais : “World Sufficiency Laboratory” ; Extrait intéressant, en réponse à la question Qu’est-ce qui vous permet de garder espoir ? : “Je cherche à parler à ceux qui ont intérêt à ce que la métamorphose se produise – je n’utilise plus le terme de transition qui induit les gens en erreur car il laisse croire qu’on va garder le système tel qu’il est en changeant simplement les sources d’énergie. La métamorphose implique au contraire un changement radical. Comme dans tous les processus il y aura des gagnants et des perdants, mais là il y aura beaucoup plus de gagnants que de perdants. Donc ce qu’il faut c’est réveiller cette majorité. Ce que je note c’est que je suis sur-sollicitée aujourd’hui, je n’arrive pas à répondre à toutes les demandes, il y a un inversement des tendances. Et je pense que ça va aller tellement mal tellement vite que les gens seront forcés de se tourner vers ceux qui proposent des solutions.
  • Watt-Wise Game Jam, un concours de jeux vidéos qui utilisent le moins possible d’énergie par seconde de façon à faire des jeux vidéos plus soutenables et découvrir de nouvelles directions d’esthétique numérique. J’adore l’idée !
  • Elle est bien bonne : la BBC explique qu’en Ethiopie, la plus grande banque locale a eu un problème informatique et souhaite récupérer l’argent retiré par les clients. Ces derniers ont retiré plus de 40 millions de $ quand ils ont réalisé qu’ils pouvaient prendre plus d’argent que ce qu’ils avaient sur le compte bancaire.
  • Je tombe (tardivement) sur les Chiffres clés du climat - France, Europe et Monde - Édition 2023 - octobre 2023 (aussi au format PDF). C’est très bien fichu, très complet, très didactique. Quelques points ont retenu mon attention :
    • Les données clés sous forme d’une infographie, qui donne des ordres de grandeur à avoir sous la main ;
    • Émissions cumulées de CO2 depuis 1750 par grande région du monde. Le graphe format SVG donne une lecture qu’il convient de garder à l’esprit car les gaz à effet de serre sont cumulatifs. Autrement dit, ça n’est pas tant les émissions à un instant t qui compte, mais l’accumulation au fil du temps. Ainsi, comme le souligne le rapport, “Depuis le début de l’ère industrielle, l’Europe et l’Eurasie ont contribué pour un tiers et les États-Unis pour un quart aux émissions cumulées de CO2. Celles de l’Asie atteignent désormais quasiment le tiers des émissions mondiales, et celles de la Chine 15 %.” En Europe, on émet moins que la Chine en 2024, mais comme on a commencé à le faire 150 ans plus tôt, nous avons déjà “tiré nos cartouches”. À l’inverse, l’Afrique, n’a émis que 2,9% des émissions globales sur la période.
    • Dessous, sur la même page on voit l’Évolution des émissions de GES rapportées au PIB dans le monde entre 1990 et 2021 (graphe format SVG) et on note que les efforts de décarbonation du PIB ont de l’effet au fil du temps. Pas assez, pas assez vite (du tout), mais ça va dans le bon sens.
  • Vous avez envoyé plein de photos sur mapillary et êtes dégouté que ça se soit fait racheter par Facebook ? Vous pouvez donner ici votre accord pour que soient exportées ces photos pour les envoyer sur panoramax, l’alternative éthique d’OpenStreetMap France.
  • Firefox saw an increase in users following Apple’s default browser changes in the EU. ;
  • Dommage que cet édito du Monde soit réservé aux abonnés : « Main invisible du marché », croissance… dernières croyances de l’Occident ?. Il fait un lien vers un vieil article (1999 !) de The Atlantic : The Market as God et un autre, The Religion of the Market: Reflections on a Decade of Discussion. Il y a cette croyance profonde que “les marchés sont fondamentalement bons et que leur libre fonctionnement ne peut pas provoquer d’effets délétères plus importants que ceux que produirait l’action de l’Etat pour les réguler” (…) “Or, la crise environnementale fracture la vision idéalisée d’un marché omniscient et autorégulateur. Tout au contraire : c’est le fonctionnement même des marchés qui est la cause majeure de la dérive climatique et de la détérioration de l’environnement”. Plus loin, l’économiste Eloi Laurent explique : “« La croyance fondamentale est plutôt la nécessité de la croissance, telle qu’elle a été gravée dans le marbre international en 1944 avec la conférence de Bretton Woods. Si l’on reste dans ce cadre, que l’on soit dans un système de marché libre ou non, la finalité sera toujours la croissance » (…) Daniel Cohen, pensait lui aussi que la nécessité de la croissance est la foi qui surplombe toutes les autres dans le champ de l’économie. Elle est « la religion du monde moderne », « l’élixir qui apaise les conflits, la promesse d’un progrès indéfini »
  • Super classieux chez Stellantis : ils demandent à 400 personnes de télétravailler un jour précis et les virent dans un appel sur Zoom (aux USA).
  • Un ex-ingénieur de chez Boeing refuse de voler dans un 737-Max, parce qu’il sait comment il a été construit (Source : CNN Travel) ;
  • Gigaset abandonne les objets connectés et les rend inaccessibles faute de serveurs (aussi chez iGen.fr) L’article est daté du 1er avril, donc méfiance, mais le site officiel de Gigagset confirme l’information. Pire encore, on peut encore acheter ces équipements - devenus inutiles - dans le commerce !
  • Je découvre la page d’Apple.com qui liste les produits obsolètes et ceux qui le seront bientôt (et donc présentés comme vintage). Très utile pour savoir si un produit ancien ou acheté en seconde main aura des pièces détachées ou pas.
  • Je resors cette page : Solarpunk Manifesto. Une merveille, peut-être parce que j’ai un projet de ce genre dans la tête depuis… 2020 !
    • We are solarpunks because optimism has been taken away from us and we are trying to take it back. / Nous sommes solarpunks parce que l’optimisme nous a été retiré et nous essayons de le reprendre.
    • We are solarpunks because the only other options are denial or despair. / Nous sommes solarpunks parce que nos seules options encore disponibles sont le déni ou le désespoir.
  • Programme des GreenDays2024 @ Toulouse , maintenant avec les vidéos en plus des slides !
  • Comment diminuer l’impact carbone de nos pratiques numériques, Quelques liens intéressants dans cet article réservé aux abonnés :
  • Transport : C’est officiel, à Paris, le vélo met l’auto dans le rétro. “Selon l’Institut Paris Région, la part des déplacements à vélo est également supérieure à celle de la voiture pour les déplacements entre la capitale et la petite couronne” ;
  • Le vélo, un potentiel inexploité pour améliorer la santé (et le climat), où on apprend que :
  • Sévère mais juste : Une bulle d’intelligence artificielle et de stupidité naturelle, par Ploum ;
  • The Blind Spots of the Green Energy Transition by Olivia Lazard est une présentation passionnante qui démontre comment la paix dans la monde et la décarbonation sont liés, avec une mise en perspective intéressante : les pays où se trouvent les minerais pour la décarbonation du monde sont (souvent) ceux qui sont à la fois les plus fragiles en terme de politique et de corruption, les plus à même d’être victime du changement climatique et aussi là où se trouvent les ressources écologiques qu’il faut protéger. Et puis il y a cette punch-line de dingue : We need to “start shifting our thinking about innovation. Innovation in our times is about bringing back economic footprint within planetary boundaries. Anything else, even the coolest of new products, if it isn’t aligned with that goal, it’s not innovation, it’s business as usual.” . La version française : ” Il faut changer notre façon d’imaginer l’innovation. En ce moment, l’innovation doit consister à ramener l’empreinte économique à l’intérieur des limites planétaires. Si ce que vous faites n’est pas aligné avec cet objectif, ça n’est pas de l’innovation, c’est du business as usual”.
  • Au Greenwashing Comedy Club, mieux vaut rire que pleurer de la crise climatique ;
  • L’année dernière, j’ai participé à la première édition de la conférence Demain Maintenant dont le slogan est “Tu as changé ton style de vie personnel pour l’aligner sur tes valeurs sociales et écologiques. Maintenant, comment aligner ton travail ?” En toute franchise, j’avais adoré ! Ils sont repartis pour une nouvelle édition, et je vous recommande chaudement cet événement !
  • Command-line Tools can be 235x Faster than your Hadoop Cluster, ce qui me fait dire que l’innovation n’est pas toujours un progrès (Hadoop est indéniablement une innovation comparé à la ligne de commande. Mais coté ressources consommées, on n’est pas du tout dans le même ordre de grandeur !). Merci à ;
  • The Turing Lectures: The future of generative AI par Michael Woolridge est une vidéo très intéressante si on parle l’anglais et qu’on veut mieux comprendre l’IA générative. Il y a une citation (que je cite de mémoire, je ne l’ai pas noté dans l’instant) : “L’IA est une façon d’utiliser des quantités phénoménales de données, avec une puissance de calcul tout aussi phénoménale, pour générer du texte. D’un point de vu informatique, c’est extrêmement peu satisfaisant.” J’ai mis du temps à le réaliser, mais cette phrase résonne en moi. C’est assez étonnant de voir les résultats de l’IA, mais quand on prend en compte les ressources consommées pour cela, c’est en fait pitoyable.
  • US Government on High Alert as Russian Hackers Steal Critical Correspondence From Microsoft. En gros, des pirates russes ont réussi à pénétrer dans les systèmes de Microsoft, pirater des comptes emails de Microsoft et d’agences fédérales américaines et récupérer du code source de chez Microsoft. L’attaque a eu lieu en novembre 2023, a été détectée en janvier 2024, mais il est probable que les pirates aient encore accès aux systèmes. L’été dernier, ils avaient eu un problème similaire, mais les espions étaient chinois.
  • Entretien avec Corinne Morel Darleux dans le cadre de la série “6 nuances de Vert” par l’équipe du média à venir Fracas, qui est en pleine campagne de levée de fonds. Je me suis abonné, et je vous encourage à faire de même !
  • AI Index report par Stanford est passionnant. 2 extraits :
    • En 2023, 52 % des gens sont inquiétés par l’IA, 13 points de plus que l’année d’avant.
    • L’entraînement des IA coûte de plus en plus cher (en énergie, donc en cash) : entraîner GPT-4, c’est 78 millions de $. On se rappellera que l’entraînement du premier modèle Transformer, en 2017, coûtait 900 $ et que celui de RoBERTa Large, en 2019, coûtait 160 000 $.

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