samedi 12 septembre 2020

A propos de la taxe carbone

J’aime beaucoup cette interview de l’économiste Christian Gollier, très pédagogue sur la notion de taxe carbone : pourquoi elle est indispensable pour que nous puissions prendre le virage climatique : « Soyons honnêtes, la transition énergétique nous coûtera à tous de l’argent ».

Le problème de la taxe carbone, c’est que les gens voient ça comme une taxe supplémentaire, qui va donc réduire leur sacro-saint pouvoir d’achat. C’est vrai, explique Christian Gollier. Mais si ça permet de sauver leur futur, c’est un mal nécessaire. Aujourd’hui, émettre une tonne de CO2 vaut 30 €, mais c’est trop peu. Il faudrait augmenter cela de façon à ce que les prix des services et produits reflètent les émissions carbone qu’ils induisent. Sinon, les entreprises vont continuer à faire comme avant : peu importe d’émettre du carbone du moment que je produits à moindre coût et donc que je reste compétitif. Alors que si la taxe carbone est en place et qu’on sais qu’elle va augmenter au fil du temps, on peut commencer à modifier la façon dont on travaille de façon à décarbonater notre production, sinon les concurrents vont le faire et seront plus compétitifs.

La responsabilisation passe par le principe pollueur-payeur. Ce n’est pas punitif, mais incitatif: faire en sorte que chacun, entreprise et consommateur, internalise les conséquences de sa pollution. Pour réaligner les intérêts privés avec l’intérêt général, il faudrait faire payer un prix du carbone qui soit égal au dommage causé, de sorte que le pollueur soit la victime de sa propre pollution.

L’économiste, comme bien d’autres, souhaite que la taxe carbone atteigne 100 € en 2030.

Mais si on ne le fait pas, est-ce grave ? Justement, un nouvelle étude[1] de l’Université de Chicago donne une indication du coût ultime du carbone. À terme, une tonne de carbone émise coutera 100 000 € à l’humanité, si on n’agit pas maintenant. En substance, tel que je comprends le concept — très théorique, il faut le reconnaître — un tonne de carbone émise aujourd’hui coutera à l’humanité 100 000 $, soit environ 1000 fois plus que ce qu’on voudrait la taxer à terme.

Alors, on la met quand en place, cette taxe carbone ?

Pour continuer la réflexion sur la taxe carbone, deux très bons articles :

  1. Taxe carbone, tout savoir en 10 questions (une bonne intro sur le sujet) ;
  2. Social cost of carbon. Plus ardu, forcément, la notion de coût social du carbone, complémentaire à la notion de coût ultime du carbone.

lundi 31 août 2020

Loi de Brandolini

La loi de Brandolini, est toute simple, et en ces périodes d’anti-science, malheureusement de plus en plus applicable. Voici ce qu’elle dit :

Il est 10 fois plus facile de dire une connerie que d’expliquer pourquoi elle est fausse. Autrement dit, ça prend 10 fois plus de temps pour réfuter des fake news que pour les publier.

Wikipédia est plus châtiée et moins directe :

La quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire.

Cela fait 6 ans que je suis tombé sur cette affirmation, et comme je m’apprête à aborder des sujets polémiques, je la garde sous le coude, avec une URL facile à dégainer. Te voir prévenu, cher lecteur ! (Et comme un lecteur averti en vaut deux, je viens de doubler mon lectorat, nous sommes maintenant 6 : toi, ma maman et moi !).

samedi 8 août 2020

En vrac du mois d'août

Merci, Bernard Stiegler

Disparition de Bernard Stiegler. Au delà d’une vie rocambolesque, Bernard Stiegler était une personne extraordinaire d’intelligence et de combativité. Son suicide m’attriste énormément. Sa dernière interview dans Libé m’a rappelé à quel point je transpirais en lisant ses écrits alors qu’il pouvait être si limpide dans la conversation :

Des fois, je me fais engueuler : des gens me disent : «Je vous ai vu sur Arte, alors j’ai acheté votre bouquin. Mais je n’y comprends rien !» C’est normal. Vous n’y comprenez rien parce qu’un livre, ce n’est pas une vidéo : il faut travailler pour se l’approprier, le livre est fait pour un certain type de travail.

J’aurais aimer oser le prendre dans mes bras.

En vrac et avarié

mardi 19 mai 2020

Comprendre la problématique énergie / climat

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, j’ai voulu profiter du temps libre offert par le confinement, pour suivre le cours que donne Jean-Marc Jancovici à l’École des Mines Paris Tech. 20 heures de cours qui, parce qu’on peut arrêter le prof quand on veut d’un simple clic pour mieux prendre des notes, m’ont pris au moins 30 heures pour générer 71 pages de notes manuscrites, c’est dire si c’est passionnant.

Pourquoi s’infliger un tel effort intellectuel ? Pour comprendre les problèmes énergétiques et climatiques auxquels doit faire face l’humanité. Et pour ça, Jean-Marc Jancovici est un professeur passionnant, drôle (à condition d’aimer l’humour d’ingénieur !), un véritable puis de science, qui parle d’histoire de l’humanité, de pétrole, d’histoire des sciences, d’économie, de politique avec un charisme certain, osant poser les questions qui fâchent et en y répondant avec des informations sourcées. Bref, je recommande à tout le monde qui s’intéresse aux sujets du climat et de l’énergie. Notons que le cours s’adresse à des élèves ingénieurs de haut niveau, donc ça demande une certaine culture scientifique.

Parmi les sujets abordés :

  1. L’énergie — introduction, et pourquoi elle a permis le développement économique d’une partie du monde
  2. L’énergie fossile — À quel point nos sociétés sont dépendantes des énergies fossiles, même en France
  3. Le changement climatique (partie 1) — Comment le recours aux énergies fossiles intensifie l’effet de serre et contribue à changer le climat (et c’est grave)
  4. Le changement climatique (partie 2) — Faire face à la fois à la raréfaction des énergies fossiles et le besoin de réduire les émissions de GES
  5. Les économies d’énergie — l’équation de Kaya
  6. Le nucléaire — un argumentaire pour défendre le nucléaire comme seule option permettant de négocier plus facilement le virage énergétique et climatique
  7. Les énergies renouvelables — Les nouvelles énergies renouvelables : on en parle beaucoup, mais elles ne couvrent qu’une toute petite partie des besoins et en plus ne sont pas pilotables, par opposition aux centrales à gaz, pétrole, charbon ou nucléaires.
  8. La comptabilité carbone — Il sera difficile (euphémisme) de décarboner l’énergie et donc l’économie et il faut pourtant le faire très vite (diviser par 3 les émissions de GES D’ici à 2050).

Pour suivre le cours :

samedi 16 mai 2020

En vrac déconfiné

Coucher de soleil en Normandie lors du déconfinement

Quelques liens très en vrac collectés pendant le confinement :

Transports

Numérique

Économie

  • Huit pistes pour une relance verte des économies après le coronavirus. C’est intéressant, mais ça se discute. À coté des suggestions listées ci-dessous, ma version des choses :
    • 1 – Un plan pour la rénovation globale des bâtiments — Oui, clairement oui !
    • 2 – Développer le fret ferroviaire — Mais pas que le fret, le transport de passagers aussi, dont le train de nuit.
    • 3 – Une filière batteries made in Europe — Oui !
    • 4 – Soutenir l’électrification des véhicules — Attention : il faut déjà réduire énormément la dépendance à la voiture. Remplacer des diesels par des voitures électriques sans rien changer autour est une énorme erreur !
    • 5 – Accélérer le développement du vélo — Oh ouiiiiii !
    • 6 – Relocaliser la production d’énergies renouvelables — ils veulent surtout dire relocaliser la production de matériel permettant la capture d’énergies renouvelables.
    • 7 – Améliorer l’autonomie du pays en protéines — Oui, mais surtout réduire drastiquement le recours à la viande, dont le rendement est très mauvais. (Faire venir du soja de l’étranger pour nourrir un boeuf en France, c’est moins efficace que de faire pousser de la nourriture en France)
    • 8 – Encourager le développement de la filière hydrogène — Mouais. Réduire la consommation d’énergie est l’essentiel, surtout !
  • Lancement de /e/OS pour Fairphone 3. Je serais ravi de voir un système d’exploitation respectueux des données personnelles tourner sur un smartphone respectueux des gens et de la planète. Ca semble s’approcher !
  • Grise ou verte, la croissance nous conduit dans le mur, où il est fait référence du livre Prospérité sans croissance de Tim Jackson que j’ai commencé à lire et qui est passionnant ;
  • La désillusion d’une start-up de l’économie circulaire ;

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