Politique

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lundi 16 mai 2022

Pensées philosophiques

Je veux bien sauver la planète, mais vous auriez un moyen pour que je ne change aucune de mes habitudes ?

Dessin de Marc Dubuisson

J’ai eu une discussion passionnante sur Twitter (une fois n’est pas coutume !)

Je posais la question suivante :

Il y a un mot que je cherche, celui qui désigne le fait que nous vivons de façon civilisée (à peu près), c’est à dire le contraire du chaos. Si l’humanité sombre dans le chaos climatique et que l’humain survit (un peu) qu’aurons-nous perdu ? C’est ce mot que je cherche.

Les réponses ont été nombreuses et souvent constructives, (les autres étaient souvent drôles), et ça m’a fait réfléchir. Petit tour d’horizon :

Souvent, on m’a proposé le mot ordre (le contraire du chaos), mais c’est un peu réducteur et peu compréhensible, trop abstrait. Par exemple, on peut considérer qu’une dictature offrirait de l’ordre à ses citoyens. Mais on aurait perdu au passage la démocratie et la liberté. Et puis l’ordre ne dit rien sur des sujets importants comme la solidarité, la sérénité, qui me paraissent importants.

Le mot civilisation est aussi souvent revenu. On peut s’imaginer dire “si le chaos s’installe, on va y perdre notre civilisation”, mais deux compréhensions sont possibles :

  1. Cela peut signifier “on va y perdre notre coté civilisé”, et c’est très proche de ce que je veux dire : les avancées de notre société vont se perdre, et je ne le souhaite pas. Bien sûr, la société occidentale est très imparfaite, mais il y a des choses, des acquis, qu’on veut vouloir conserver alors qu’elle évolue. Je pense par exemple aux institutions qui permettent la solidarité (assurance chômage, sécurité sociale), l’éducation bon marché, etc.
  2. Cela peut aussi dire “la civilisation occidentale va disparaitre”. Et là, au contraire, c’est peut-être quelque chose de souhaitable, tout bien réfléchi. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, notre mode de vie n’est pas du tout soutenable. Vouloir ne rien changer est contre-productif. Il va falloir changer plein de trucs, en particulier notre rapport à l’énergie et à la consommation en général. Et je pense que ces changements, qui semblent difficiles aujourd’hui, ne sont pas si compliqués que cela. À l’inverse, il y a plein de choses formidables en occident au XXIe S. Que je souhaite conserver dans le futur.

On m’a à plusieurs reprises suggéré le mot humanité. Le problème, c’est que le mot humanité peut aussi bien couvrir ce qui fait que nous sommes humains et les traits les plus nobles de l’humain, le rire, la solidarité, le débat, le monde des idées. Mais cela peut aussi designer l’espèce humaine, ce qui crée de l’ambiguïté. En effet, on pourrait dire ou écrire “suite à l’effondrement climatique, l’humanité a perdu toute humanité”.

Plus créatif, amadmaxia, (merci Mac Loyat), « du grec : madmax avec le a privatif devant et le a derrière pour faire mot grec ».

Plusieurs ont suggéré neguentropie, concept cher à l’ami Bernard Stiegler, mais comme le dit Sylvain, « personne ne comprend ». Idem pour le contraire de l’anomie de Durkheim.

On m’a aussi parlé de société, mais c’est trop peu précis : une société peut être plaisante à vivre et sophistiquée, ou au contraire très inconfortable et rustre. Il faudrait préciser. C’est un peu comme pour vivre ensemble. On peut vivre ensemble de façon contrainte et pénible (par exemple en prison) ou bien vivre dans la liberté et le bonheur.

En fait, il faudrait faire une périphrase, prendre un de ces mots et le préciser, cela pourrait donner « notre capacité à vivre ensemble sereinement et en solidarité », que j’ai suggéré.

Et puis cette conversation m’a rappelé un livre que j’ai adoré, Prospérité sans croissance de l’économiste anglais Timothy Jackson. Tim Jackson parle de prospérité.

Prospérer, c’est à la fois réussir dans la vie et se sentir bien dans sa vie (…), les choses vont bien pour nous et pour ceux que nous aimons. (…) La prospérité évoque l’élimination de la faim et l’idée que tout le monde puisse avoir un toit, la fin de la pauvreté et de l’injustice, l’espoir d’un monde sûr et pacifique.

Il continue :

La possibilité du progrès social nourrit le sentiment rassurant que les choses s’améliorent – et si ce n’est pas toujours pour nous, au moins l’est-ce pour ceux qui viendront après nous. Une société meilleure pour nos enfants. Un monde plus juste, où les plus défavorisés pourront sortir de l’ornière.

Peut-être est-ce ce terme qu’il faudrait conserver pour désigner ce qu’on perdrait en cas d’effondrement climatique, notre prospérité, telle que Tim Jackson la définit ?

mercredi 16 février 2022

Le rapport toxique entre les français et l'automobile

Vidéo de Frédéric Mazzella ,fondateur et président de BlaBlaCar

Frédéric Mazzella, fondateur et président de BlaBlaCar, explique très bien dans une vidéo[1] à quel point la voiture est un énorme gâchis. Ici, il ne fait référence qu’à l’aspect financier des ménages, sans mentionner ce qui vient s’ajouter d’un point de vue pollution, crise climatique et santé publique :

Quand on regarde les coûts qui sont associés à la voiture : une voiture ça coûte environ 6 000 euros à l’année, il y a 38 millions de voiture de France, ça fait à peu près 200 milliards d’euros[2], soit 10 % du PIB.

Donc chaque année on dépense environ 10 % de notre PIB à faire tourner nos voitures.

Dans les coûts des 6 000 euros par an[3], il y a l’essence, le péage, la dépréciation du véhicule, l’assurance, les réparations, le parking, on met tout ça dans une enveloppe, ça fait 6 000 EUR par an, ça fait 200 milliards pour le pays.

Ensuite, on regarde comment on utilise nos voitures, et on se rend compte qu’il y a une très très très grande inefficacité d’usage. Parce que non seulement les voitures passent 96 % de leur vie arrêtées, mais elles passent 0,5 % de leur vie dans les bouchons, 0,8 % de leur vie à chercher une place de parking, il reste 2,7 % de leur vie où elles vont effectivement d’un point A à un point B, ce pour quoi on les a conçues au départ et en plus, quand elles roulent, 3 fois sur 4 il n’y a qu’un conducteur à bord, donc il y a trois places libres.

Ce qui fait qu’on utilise un quart de 2,7 % d’une ressource qui nous coûte 10 % du PIB. Ça c’est l’utilisation[4] rationnelle qu’on fait de la voiture, ce qui est totalement irrationnel.

Par ailleurs,

Autrement dit, il est peut-être temps de repenser notre rapport à la voiture.

Notes

[1] Lors de la conférence Web2Day 2018 à Nantes.

[2] On notera deux approximations qui s’annulent : 6 000 * 38 000 000, ça fait 228 milliards, soit 14 % de plus qu’annoncé, mais ça reste du même ordre de grandeur. Le PIB en 2017 (chiffres officiels disponibles au moment de la vidéo) était de 2 291,7 milliards d’euros, ce qui fait que les 228 milliards représentent 9,95 % du PIB.

[3] Les chiffres sont bien sûr variables selon les sources, mais pour l’Automobile Club Association, qu’on ne peut soupçonner de complaisance dans un sens ou dans l’autre, on tombe sur 6063 € par an pour une Clio essence roulant 8638 km par an.

[4] Il dit « utilisation », mais je pense qu’il veut dire « analyse ».

mardi 21 avril 2020

Imaginer un futur souhaitable

Il y a quelques jours, Charles Dassonville, un ami de Montpellier, me contacte à propos d’une conversation d’un an plus tôt sur l’importance d’avoir des récits positifs permettant d’imaginer un avenir serein. Il me propose d’écrire à quatre main un tel récit visant à imaginer une sortie positive de la crise sanitaire et économique du Covid-19. Texte sous licence CC-BY par Charles Dassonville et Tristan Nitot. Photo CC-BY-NC-SA Barbara ‘aurorologue’ Crimi.

A l'aube d'une nouvelle époque  — Lever de soleil avec un cycliste en contre-jour par Barbara Crimi

Préambule

Il nous est apparu, en cette période de confinement, que de nombreux contemporains s’interrogent sur l’émergence éventuelle d’un “nouveau monde” après le coronavirus. Comme le citoyen est le plus souvent abreuvé de scénarios catastrophe, nous avons souhaité stimuler son imagination avec des futurs meilleurs, souhaitables, qui ouvrent des horizons. En substance, pour paraphraser Clemenceau, le futur est un sujet bien trop sérieux pour le laisser aux politiques, enclins à le sacrifier pour accéder ou rester au pouvoir, ou aux écrivains de science-fiction, trop tentés par la dystopie, qui donne des récits plus poignants que l’utopie.

Voici donc notre vision utopique du monde d’après la pandémie. Utopique ? Certainement, mais au sens noble du terme : il s’agit ici de dépeindre un futur souhaitable, désirable, si nous jouons bien les cartes que nous avons en main. Car sinon, comment aller vers le meilleur si on n’arrive pas à l’imaginer ?

11 mars 2020

L’OMS annonce officiellement que le Covid-19 est désormais une pandémie. Dans le monde entier, les États annoncent des mesures radicales de confinement pour éviter une catastrophe humanitaire. Les écoles ferment, l’économie marche au ralenti, les rues se vident. Il semble bien loin, le temps de l’insouciance !

10 avril 2020

Alors que le confinement se prolonge, les chefs d’État, les élus et la population s’organisent pour que la vie continue malgré tout, notamment à travers la multiplication d’initiatives citoyennes. L’espace urbain paraît soudainement inadapté. Les personnes se déplaçant pour des raisons légitimes ont du mal à trouver l’espace de distanciation nécessaire à pied ou à vélo. En voiture, il y a désormais trop d’espace. L’urbanisme tactique, qui consiste à rapidement mettre en place des aménagements temporaires pour voir s’ils fonctionnent, entre dans les bonnes pratiques de villes dans le monde entier, qui se mettent à tester des aménagements visant à rééquilibrer l’espace urbain afin de l’adapter au contexte de la crise sanitaire. Onze ministres de l’environnement européens appellent à mettre le Green Deal au cœur du plan de relance post-coronavirus.

11 mai 2020

La France et la majorité des pays occidentaux sortent progressivement et de manière très prudente du confinement. Pour autant, l’hygiène, les gestes barrières et la peur de relancer l’épidémie sont au centre de toutes les préoccupations. De nombreuses personnes cherchent un mode de transport alternatif aux transports en commun, dans lesquels la distanciation est difficile. Or, depuis un mois, l’urbanisme tactique en a surpris plus d’un et la réalité d’une ville plus silencieuse, où l’on respire mieux, et où les enfants peuvent se réapproprier l’espace urbain en toute sécurité, séduit l’opinion publique. Dans les médias, de nombreux spécialistes de la santé appellent à des mesures urgentes et fortes pour limiter la pollution, fortement liée au taux de mortalité du Covid-19. Alors que de plus en plus d’hôpitaux utilisent ses masques de plongée comme respirateurs de fortune, l’enseigne Decathlon, après avoir fait don de centaines de milliers de ses masques à travers le monde, abandonne son droit de licence, mettant ainsi la production du masque à portée de tous. Des projets Open-Source comme le Minimal Universal Respirator et MakAir permettent à chacun de fabriquer localement et à moindre coût des respirateurs. Chaque retour d’expérience, chaque amélioration est partagée librement avec les autres utilisateurs et producteurs de ces systèmes, permettant des progrès de façon fulgurante, plus rapidement que si le projet avait été mené avec des modes d’entrepreneuriat plus classiques reposant sur la compétition darwinienne. Selon Tedros Adhanom, directeur-général de l’OMS, ces initiatives sont déjà en train de « sauver des centaines de milliers de vie ».

La Nouvelle-Zélande, le Canada ou encore le Portugal annoncent que leurs plans de relance n’incluront aucun investissement dans les industries aéronautiques ou automobiles, qui présentent trop d’externalités négatives. Les budgets sont plutôt alloués à des plans de résilience sociétale (PRS), qui visent notamment à adapter les réseaux logistiques ou combler la fracture numérique. Jacinda Ardern, première ministre néo-zélandaise, promet un débat sur le revenu universel au parlement et se prépare à réduire de 20 % son salaire et celui de ses ministres.

04 novembre 2020

Au lendemain de sa courte victoire sur Donald Trump aux présidentielles américaines, Joe Biden annonce, comme promis lors de sa campagne, qu’il souhaite mettre en place une sécurité sociale universelle d’ici la fin de son mandat, le désormais célèbre “Health for All Act”. Mesure encore inimaginable pour l’opinion publique américaine quelques mois auparavant, la catastrophe humanitaire dans la plus grande puissance du monde a fait bouger les lignes. En effet, suite au fort taux de mortalité chez les millions de personnes qui ont dû refuser le dépistage par manque de moyens, l’exécutif américain réalise qu’il aurait été bien meilleur pour l’économie de subventionner les services de santé plutôt que de voir le pays s’enfoncer dans la récession.

Au Royaume-Uni, le gouvernement de Boris Johnson met en route son plan de décarbonation des transports. En France, on avait pu observer dès décembre 2019 que les grèves avaient mis l’Ile de France en selle sans retour en arrière grâce à un effet cliquet. C’est désormais sur tout le territoire qu’on observe une forte augmentation de la pratique du vélo. Pour faire face à cet afflux de nouveaux usagers, de nombreux aménagements temporaires qui avaient été mis en place pendant le confinement sont pérennisés. Il faut dire qu’il a été démontré que le coronavirus survivait particulièrement longtemps dans l’habitacle des voitures. L’automobile, un temps présentée comme idéale pour respecter les distances sociales, perd beaucoup de son aura.

De nombreuses entreprises qui avaient été obligées d’expérimenter le télétravail pendant les grèves ont dû le reconduire pendant la période de confinement. Il est maintenant généralisé, au moins à temps partiel, d’autant que le gouvernement soutient cette approche. En conséquence, les émissions de CO2 baissent. Les objectifs des accords de Paris, qui semblaient hors de portée, ne paraissent plus si inatteignables : l’Occident, qui semblait avoir fait le deuil de ces accords, se remet à croire en la possibilité d’échapper à la catastrophe climatique. Plus généralement, les esprits changent sur la vision de la société et de l’écologie. Chez les puissants comme chez le grand public, l’heure n’est plus à la fatalité mais à la possibilité d’un réel changement.

01 janvier 2022

En ce début d’année, de nombreux chefs d’État font preuve d’optimisme. Le Covid-19 semble désormais maîtrisé. Le développement du vaccin par une équipe multinationale financée via l’OMS est unanimement salué comme un des meilleurs exemples de coopération entre États de notre histoire. Comme la formule du gel hydro-alcoolique qui fut si utile pour faciliter l’hygiène des mains tout au long de la pandémie, la formule du vaccin est libre de droit pour une accessibilité universelle. Un thème clé de la campagne des présidentielles française est la résilience, notamment face à une nouvelle crise sanitaire éventuelle. La pandémie a permis une prise de conscience collective de l’importance de rester en bonne santé, avec une nette hausse de l’activité physique, mais aussi un rejet de la malbouffe, aidé il est vrai par la révolution numérique des producteurs et des services de distribution locaux en France et ailleurs. Les travailleurs étrangers saisonniers non déclarés, à qui les agriculteurs avaient souvent recours par le passé, ont été remplacés par des travailleurs locaux déclarés, réduisant ainsi le chômage et améliorant la protection sociale. Les batailles commerciales autour du manque de masques et de respirateurs ont clairement démontré les limites de la mondialisation. Aussi, la relocalisation partielle de l’industrie est bien intégrée par le politique et les citoyens. Des usines désaffectées sont rouvertes, des emplois sont créés, d’autant que la Chine, qui pensait être sortie d’affaire, subit malheureusement une nouvelle vague de Covid-19.

05 mars 2030

Après des discussions jusqu’au bout de la nuit, 185 chefs d’État signent l’accord de Bogota sur la santé et le climat. Celui-ci va au delà des accords de Paris, désormais considérés comme trop peu ambitieux et n’explicitant pas assez les liens directs entre santé et climat. En France, les rapports sociaux sont méconnaissables. La remise en cause de beaucoup de principes d’organisation du monde économique a fait éclater au grand jour l’absurdité des discriminations qui étaient pourtant couramment acceptées au siècle précédent, en particulier celles fondées sur les caractéristiques physiques et en premier lieu le sexe biologique. Marqueur économique, pour la 4ème année consécutive les salaires de femmes sont supérieurs à ceux des hommes. Dans l’éducation, suite à la grande réforme de 2025 le nombre d’élèves par classe est plafonné à 15 dans le primaire et 20 dans le secondaire, et chaque enfant a “le droit au numérique”, c’est à dire qu’un terminal numérique et une connexion internet sont fournis gratuitement à tout enfant dont les parents en font la demande. En s’inspirant du modèle finlandais, la confiance individuelle de l’enfant est mise au centre du processus éducatif, et les différents types d’intelligence humaine sont reconnus et valorisés. L’imagination et la créativité sont considérés comme des compétences clés, et deviennent donc des matières à l’égal des mathématiques ou du français.

Née à Montpellier, la campagne #LocalPride a fait le buzz sur les réseaux sociaux l’été dernier, bien au delà des frontières nationales : elle consiste à se photographier en vacances dans son propre pays, fier et convaincu que l’esprit de voyage et de découverte n’est pas proportionnel aux kilomètres parcourus. Il est devenu inconvenant de poster des photos de lieux exotiques et lointains. Ce mouvement est d’ailleurs encouragé par les algorithmes des plateformes qui sont programmés pour moins relayer les photos prises loin de leurs pays d’origine, répondant ainsi aux aspirations des utilisateurs. L’envie profonde des citoyens de rester en bonne santé couplé avec la création de réseaux véloroutes un peu partout dans le monde font que les vacances à vélo ont remplacé les vacances en avion.

Parallèlement, la coopération internationale n’a jamais été aussi importante. Au delà de l’accord de Bogota, l’importance d’une population bien informée en cas de crise majeure est désormais évidente. Aussi, tous les journaux et publications scientifiques ont convenu que les articles sur les épidémies ainsi que sur le changement climatique seraient gratuits et publiés sous licence Creative Commons, facilitant ainsi la mise en commun des connaissances. De même, le projet HAND, initié à la fin des années 2010, permet l’alerte des populations et leur information en un temps très réduit, gagnant du temps de réaction face aux catastrophes naturelles. Pour lutter contre l’obsolescence programmée, l’État fait passer la garantie des objets électroniques grand public à 5 ans en prévoyant de la passer à terme à 10 ans, poussant ainsi les constructeurs à produire des objets plus solides, plus fiables et plus réparables.

14 juillet 2050

Place de la Bastille, le défilé des docteurs, infirmiers, pharmaciens, travailleurs sociaux, chercheurs, agriculteurs, caissiers, et autres professions essentielles bat des records d’audience et rassemble comme chaque année autant d’hommes que de femmes. Il faut dire que ces professions sont les grandes gagnantes de ce qu’on appelle désormais “la révolution sociale de 2040”. Sous l’impulsion de la présidente de la république qui l’avait promis lors de sa campagne, cette série de mesures a permis de transformer l’impressionnante sympathie qu’ont développé les français pour ces personnes depuis 2020. Entre 2030 et 2049, le sondage annuel sur la personnalité préférée des français récompense des experts de la santé à 9 reprises, des responsables associatifs à 4 reprises, et des sportifs seulement 2 fois. Cela s’est aussi traduit, quelques décennies plus tôt, par une revalorisation sensible des salaires des professions de santé. Il avait été argué dans les années 2010 que les entrepreneurs prenaient plus de risques que les autres professionnels, raison pour laquelle ils devaient être plus rémunérés. Le principe a été appliqué aux professions les plus exposées à des risques sanitaires.

A l’échelle mondiale, le PIB « différentiel » a remplacé le PIB brut comme marqueur de succès économique. Celui-ci fait la distinction entre les secteurs d’avenir dans lesquels il faut investir (santé, éducation, énergies renouvelables, agriculture biologique, infrastructures cyclables…) et ceux qu’il faut aider à décroître (industries pétrolières et minières, publicité, automobile, aviation…).

La crise sanitaire de 2048 liée au nouveau virus HIV-3, bien plus contagieux que ses prédécesseurs, a été bien gérée par la communauté internationale, confortée par les enseignements qu’elle a tiré de la crise du Covid-19 trente ans auparavant. Seuls les rares pays encore dirigés par des gouvernements populistes voient leurs systèmes de santé submergés et leurs économies repartir en récession.

L’atteinte des objectifs climatiques fixés par les accords de Paris et Bogota semblent à portée de main. Il reste encore 50 ans pour mesurer si les objectifs globaux seront durablement atteints, mais une chose est sûre : la France est plus paisible qu’avant, avec plus de justice sociale, moins de pollution et son chômage a nettement baissé. On retrouve la Douce France et sa « tendre insouciance » de Charles Trenet, tout juste un siècle après l’écriture de sa chanson.

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