mai 2024 (3)

mardi 28 mai 2024

JDLL 2024 : une édition réussie !

Jardins ENS Lyon, mai 2024

Ce week-end, c’était les JdLL, les Journées du Logiciel Libre à Lyon, événement libre et gratuit qui se tient chaque année dans la capitale des Gaules. L’événement doit approcher le quart de siècle (ça ne nous rajeunit pas !) et j’ai du participer à la majorité des éditions. Cette année, après une longue période à la maison des Rancy, c’est un peu l’année du renouveau, puisque l’événement a pu profiter de l’hospitalité de l’ École normale supérieure de Lyon, on les remercie vivement, ainsi que toute l’équipe de bénévoles qui a rendu cette édition possible. Un amphi, quelques salles de classe, un espace buvette et trois salles pour le village associatif, avec un superbe jardin (photo ci-dessus) et un temps de printemps, tout était au service d’une programmation de conférences et d’ateliers qui rendaient le choix de son emploi du temps fort difficile.

J’ai bien sûr retrouvé toutes les personnes au service des belles idées du logiciel libre et des communs numériques. Framasoft, Wikipedia, the Free Encyclopedia France, OpenStreetMap, les associations locales pour un internet libre, les entreprises de l’open source et des communs numériques, tous ou presque avaient répondu présents.

À ma connaissance, c’était la première fois que la Direction interministérielle du numérique (DINUM) était présente aux JDLL, avec les excellents Samuel Paccoud et Virgile Deville.

Elle y a fait forte impression avec la suite numérique, démontrant comment elle utilise, héberge, déploie du logiciel libre à l’attention des agents de l’État, mais aussi contribue du code et même, avec l’annonce du guichet, comment elle va contribuer financièrement aux communautés du logiciel libre et des communs numériques.

Les conversations allaient bon train autour des stands, à la buvette (forcément), au food truck, dans le jardin, dans les couloirs, entre retrouvailles de libristes et débats passionnés sur les enjeux du numérique. Ironiquement, les JDLL se tenaient dans la foulée de Vivatech, mais loin d’une quelconque concurrence, JDLL se tenait à l’autre bout du spectre, avec une vision enthousiasmante du monde numérique porteuse d’espoir où chacun peut être un acteur et contributeur plutôt que se cantonner au simple rôle de consommateur.

Vivement l’années prochaine, en éspérant que l’ENS Lyon veuille bien accueillir à nouveau l’événement dans ces sympathique locaux !

jeudi 23 mai 2024

Comment l'IA et Windows 10 annulent les efforts de Microsoft pour le climat

Hier, j’ai publié ce billet sur LinkedIn. Il mérite sa place ici aussi, sur le Standblog.

Une annonce mirifique de Microsoft qui a bien mal vieilli, mai 2024

Les dirigeants de Microsoft annonçant la neutralité carbone en 2030. Source

Microsoft President Brad Smith, Chief Financial Officer Amy Hood and CEO Satya Nadella preparing to announce Microsoft’s plan to be carbon negative by 2030. (Jan. 15, 2020/Photo by Brian Smale)

En 2020, Microsoft annonçait une réduction massive de ses émissions de gaz à effet de serre au point qu’elles pourraient être réduite à zéro en 2030. C’était vraiment en avance de phase par rapport aux autres géants du numérique, et c’était une très bonne nouvelle.

Enfin… jusqu’à ce qu’il se passe deux choses :

1 - ils arrêtent de supporter Windows 10 l’année prochaine. Les utilisateurs de Windows 10 vont donc devoir passer à Windows 11. Le souci, c’est que ce dernier ne fonctionne qu’avec certaines puces de dernière génération. En fait, Microsoft a décidé de rendre incompatible Windows 11 avec des dizaines de modèles de processeurs Intel. Une étude de Canalys démontre ainsi que 240 millions de PC deviendraient obsolètes le jour où Windows 10 ne sera plus maintenu. Ce sont donc des centaines de millions de machines en bon état de fonctionnement qui vont venir polluer la planète. Et autant de machines neuves qu’il faudra fabriquer pour les remplacer ! Pas loin d’un million de tonnes de matériel et donc de déchets électroniques très polluants et quasi impossibles à recycler seront générés par une décision d’une entreprise qui fait… du logiciel !

Pour moi, c’est juste incompréhensible de faire passer comme progrès ce qui est en fait un scandale écologique à l’échelle planétaire.

On aurait pu croire qu’ils allaient s’arrêter là. Sauf que non :

2 - Alors que leurs émissions de gaz à effet de serre avaient été réduites, leurs investissements massifs dans l’IA les ont fait repartir à la hausse. En effet, la fabrication de nombreux datacenters, de milliers de serveurs mais aussi les quantités phénoménales d’énergie pour faire tourner l’IA (entrainement et inférence) sont bien sûr sources de carbone.

Alors on se demande où sont passées les bonnes résolutions de Microsoft quant à leur empreinte carbone ? Ça va donner quoi en termes de réputation ? Comment ça va se refléter sur le cours de l’action ?

Emission de GES de Microsoft : prévues vs effectives, mai 2024

Ailleurs

mercredi 22 mai 2024

En vrac de mai 2024

Loi de Moore et loi d’erooM

Très en vrac

  • We Need To Rewild The Internet , par Robin Berjon. Une merveille, ce papier !
  • C’est vieux mais c’est excellent : This is not fine, le fameux même du chien dans la maison qui brûle et qui affirme “This is fine” (“tout va bien”), mais revisité.
  • L’histoire inspirante de Gianluca Grimalda, ce chercheur viré pour avoir refusé de prendre l’avion; avec cette citation qui vaut de l’or : « J’ai vraiment eu 99,99 % d’interactions positives avec les personnes croisées. Je suis vraiment d’accord avec le journaliste George Monbiot quand il dit que nous sommes une société d’altruistes gouvernés par des psychopathes. »
  • C’est vieux mais c’est par Tim Berners-Lee, donc c’est bon ! Marking the Web’s 35th Birthday: An Open Letter . “Underlying its whole infrastructure was the intention to allow for collaboration, foster compassion and generate creativity — what I term the 3 C’s. It was to be a tool to empower humanity. The first decade of the web fulfilled that promise — the web was decentralised with a long-tail of content and options, it created small, more localised communities, provided individual empowerment and fostered huge value. Yet in the past decade, instead of embodying these values, the web has instead played a part in eroding them.” Après, Sir Tim va vers le protocole Solid, sujet qui m’a été cher pendant des années, mais auquel je ne crois plus guère.
  • Praticable (ex-Collectif BAM), c’est fini. C’est dommage, mais au moins c’est fait proprement. Merci à eux pour le travail accompli. Parmi les choses qu’on leur doit, leur excellente Inspirothèque des limites numériques ;
  • Un tiers du trafic Internet pollué par les bots malveillants. 50% du trafic vient des humains, 17% vient des robots de Google et de Bing (et autres moteurs de recherche) et presque 33% des “bad bots” pour “récupérer des données, tenter de se connecter à des services sans accès légitime, revendre des produits avec une marge (scalping), monter des fraudes sur la publicité online ou simplement dégrader les performances d’un site confronté à un afflux de requête” ;
  • Pouvons-nous faire décroître l’économie ?, un documentaire sur Arte d’une durée de 25 mn. Très bonne introduction à la décroissance. Chaudement recommandé !
  • Plus de 300 scientifiques du climat terrifiés par l’avenir de la planète : “Le journal britannique The Guardian a interrogé 380 des plus grands scientifiques du climat. Selon la majorité d’entre eux, la température moyenne sur la planète va augmenter d’au moins 2,5 °C, avec des conséquences désastreuses.”
  • The State of the Culture, 2024a une thèse super intéressante. Il y a des gens qui font de l’art, mais c’est pas facile de trouver de l’audience. D’autres font du divertissement, qui est une forme d’art, mais qui a vocation de plaire à l’audience. Donc le divertissement, qui est devenu une industrie, dévore l’art. Sauf que l’industrie du divertissement (séries, films) est en crise car elle est remplacée par le modèle de la distraction. Les applications type Tiktok, ou les Reels des autres applications (Youtube, Facebook, etc.) qui dérive doucement vers le modèle de l’addiction, qui repose sur le phénomène de la dopamine. Cette mise en perspective Art -> Divertissement -> Distraction -> Addiction. Sauf qu’à force de scroller, on arrive à une overdose de dopamine qui mène à un état appelé Anhédonie, “l’incapacité d’un sujet à ressentir des émotions positives lors de situations de vie pourtant considérées antérieurement comme plaisantes.” Et non, ça n’est pas une bonne nouvelle pour la qualité de la culture. Ou de la société.

Transports

Retrocomputing

IA

  • C’est la fin des recherches Google que nous connaissons “Dès le 14 mai, tous les utilisateurs américains peuvent activer AI Overviews. Ils ne verront plus les résultats sous la forme de listes, mais un résumé par une intelligence artificielle”. “D’ici la fin de l’année 2024, Google dit qu’un milliard de personnes auront accès aux recherches résumées par IA”. Depuis des années, Google Search est passé d’une approche “moteur de recherche” qui listait les meilleurs sites Web où se trouve la réponse à “moteur de réponses”, avec des réponses natives extraites soit de services Google (souvent mises en avant) soit d’extraits de sites avec possibilité de cliquer pour visiter le site d’origine.
  • J’ai regardé une vidéo : Mark Zuckerberg - Llama 3, $10B Models & 1 GW Datacenters. Il discute la possibilité de faire des datacenters pour entrainer de l’IA qui consomment 1 GigaWatt chacun et d’y investir de l’ordre de 10 milliards de dollars. Il discute aussi de quand va s’arrêter la croissance exponentielle de l’IA. Aucune considération de l’impact environnemental dans son discours (à moins d’un oubli de ma part). Personne ne lui a parlé de l’accord de Paris ? De l’obligation de descendre rapidement à 2 tonnes d’équivalent CO2 ? Lunaire.
  • AI isn’t useless. But is it worth it? par Molly White.
  • IA, est-ce seulement souhaitable ?, par les copains et copines du Mouton Numérique, comme en écho au lien ci-dessus.
  • Oh, ça a l’air intéressant, ça : Auphonic, Your AI sound engineer for podcasts. Mais quid de l’empreinte écologique de la chose ?

Dix bonnes pratiques de communication sur le climat

Une petite merveille qui cristallise sur ce que j’ai appris en discutant écologie autour de moi : Infographie : 10 bonnes pratiques de communication sur le climat. Les voici :

  1. Instaurer les conditions d’un dialogue
  2. Entamer le dialogue par ce qui vous rapproche
  3. Partir du quotidien
  4. comprendre ce qui va bloquer chez votre interlocuteur
  5. Être alarmant sans être alarmiste
  6. Être honnête
  7. Le climat n’est pas qu’un problème d’écologistes
  8. Insister sur les co-bénéfices
  9. Tout le monde peut agir, à son échelle
  10. Cohérence et exemplarité